Donald Beecher

The Art of Declining Invective in Ben Jonson’s Poetaster

[Résumé]

L’invective, qui relève de la persuasion, appartient au domaine de la rhétorique. Certains humanistes de la Renaissance s’enthousiasmant pour la polémique intellectuelle, la poussent un cran plus loin, suivant les recommandations de Cicéron, en s’attaquant à l’intégrité de l’adversaire, en son être rationnel et moral, afin de discréditer ses idées. De quoi relevait exactement  ce que l’on nomme la « guerre des théâtres » à la fin de la période élisabéthaine et au début de l’âge jacobéen demeure sujet de débats, qu’il se soit agi de conflits idéologiques, stylistiques ou personnels, ou encore que ça n’ait été qu’arguments mercantiles destinés à faire spectacle pour le chaland.
Mais quand la guerre exacerba les attaques ad hominem parmi les dramaturges, ces auteurs se cherchèrent aussi modèles, attitudes et postures respectables capables de canaliser le vitriol. On peut prétendre que dans son Poetaster (mauvais poète, rimailleur), sa dernière participation à la bagarre, Ben Jonson a découvert le plus perfectionné des stratagèmes et l’auto-justification la meilleure pour défendre la véritable poésie contre ceux dont l’art décadent menaçait de porter atteinte à la gloire de l’heure élisabéthaine. Situant l’action dans la Rome ancienne et se drapant dans la vertueuse indignation horatienne, il pointe un index accusateur vers ses contemporains, que l’on identifie aisément comme les mauvais poètes de sa pièce.
Pourtant, il comprit aussi que la mort que l’on décrète en paroles est à double sens, et que le geste de malédiction améliorerait peu sa propre image à l’étranger. Sa pièce ne donne donc pas seulement la mesure de la puissance de sa malédiction, mais elle montre aussi ses propres limites comme outil de défense de la culture d’une élite.

 

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