Bianca Concolino Mancini Abram

Métathéâtre et folie dans la comédie de la Renaissance

[Résumé]

Nouvelle hantise succédant à la lèpre », la folie suscite, tout comme elle, « des réactions de mise à l’écart, d’exclusion, de purification» (FOUCAULT, 1972, p.18-19) . D’un point de vue général, la folie est liée à l’univers secret de l’homme, à ses rêves, à ses faiblesses, à ses illusions, à son désespoir et la passion désespérée conduit presque toujours à la folie ou à la mort. Au théâtre, si dans la tragédie la folie est souvent associée à la mort, voire au meurtre, dans l’univers comique, en revanche, elle apparaît sous différentes formes généralement au service d’intrigues amoureuses compliquées.
Ces différents aspects de la folie correspondent à des types, qui se définissent par leur place et leur utilité dans la comédie. L’entreprise amoureuse elle-même, par exemple, se présente parfois comme une folie, par laquelle les protagonistes, souvent des femmes, se mettent dans des situations périlleuses pour assouvir leur passion.
Dans les comédies, la folie peut aussi devenir une des formes de la raison même, paradoxale certes, mais qui découvre et dénonce l’aveuglement et la médiocrité des autres. La folie devient alors une forme de clairvoyance qui permet à certains personnages, qui voient au-delà des apparences, de dénoncer une réalité imperceptible aux autres. Ainsi des serviteurs se voient-ils parfois traiter de fous, lorsqu’ils osent exprimer une vision du monde différente de celle des autres.
Et pour finir, dans la comédie il y a la folie simulée, qui se met en scène et se représente à l’envi. Par son statut, la folie autorise les états d’âme et les comportements les plus extravagants, aussi, simulée, devient- elle le travestissement par excellence, un déguisement de l’esprit, qui ouvre la voie aux jeux les plus subtils.
Dans les comédies italiennes de la Renaissance, où l’être et le paraître se superposent et s’enchevêtrent, où bien souvent les personnages ne sont pas ce qu’ils semblent, la folie aussi joue de son apparence, se présente comme un reflet d’elle-même, comme une variation sur le registre du faux-semblant.


M.FOUCAULT,« Stultifera navis », in Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, p. 18-19 ; p .35
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